Dr Khaled Al-Attiyah : le Qatar n’a aucun intérêt à faire chuter des régimes

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Moscou, QNA, le 20/01/2015

Extraits de l’interview de Dr Khaled Al-Attiyah, ministre qatari des Affaires étrangères, par la chaîne russe arabophone « Russia al-yawm » lors de la visite de l’Emir du Qatar, S. A. Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani à la Fédération de Russie.

 

« Nous avons été surpris par l’intervention russe [en Syrie] en septembre dernier (…) mais nous sommes certains que la Russie, grâce à ses relations historiques avec les Etats arabes, pourra trouver une solution à cette crise syrienne qui a fait tant de victimes innocentes. »

 

« A travers l’histoire, nous savons que toute intervention militaire complique les choses plus qu’elle ne les résout. Nous avons des principes clairs. Nous avons également des points de convergence avec la Russie. Nous n’avons aucun doute que la Russie soit avec une Syrie, unie, arabe et civile. Tels sont les éléments essentiels sur lesquels nous sommes d’accord avec les Russes. »

 

A propos de la thèse d’un gazoduc qatari à l’origine de la position du Qatar contre le régime syrien : « Epouser une telle thèse signifie, à mon avis, manquer d’informations sur le sujet. Le Qatar a déjà le plus grand gazoduc marin au monde, et nous ne voulons pas avoir un gazoduc terrestre qui passerait par d’autres pays. Nous avons également la plus grande flotte au monde pour transporter le gaz naturel liquéfié. »

 

Quant à la relation avec le régime syrien, le ministre a déclaré : « Le Qatar n’a pas d’agenda caché et aucun intérêt à faire tomber des régimes. (…) Le Qatar avait essayé avec insistance de convaincre Bachar Al Assad de mener des réformes, mais n’ayant pas la culture de la résolution des conflits avec son peuple, cela a mené à la catastrophe en Syrie. »

 

« La Russie et le Qatar sont les plus grands pays exportateurs de gaz au monde. Ils sont donc complémentaires dans l’opération de fournir de l’énergie au monde entier. Ils sont tenus par une obligations morale, avant qu’elle ne soit légale, de veiller à ce que le gaz afflue vers les autres pays du monde de manière continue. Il n’y a presque plus de foyer au monde qui ne soit aujourd’hui pourvu d’une électricité fabriquée à partir du gaz russe ou qatari. Nous sommes donc complémentaires et pas rivaux en ce qui concerne l’énergie. »

 

Quant aux relations entre le Qatar et l’Iran, le ministre a affirmé : « La divergence que nous avons avec Téhéran et d’ordre régional et non bilatéral. »

 

« Nous avons, dans les pays du Golfe, et notamment au Qatar, salué l’accord nucléaire car nous avons toujours appelé nos amis en Occident à ce que la résolution du dossier du nucléaire iranien soit pacifique. Nous appelons à ce que l’interdiction des armes de destruction massive s’étende à toute la région du Moyen Orient et ne concerne pas l’Iran uniquement. »

 

« La Palestine constitue la mère de toutes les causes pour nous. Tous ceux qui s’immiscent dans les affaires de la région, qu’il s’agisse de groupes terroristes ou d’Etats, le font sous prétexte de protéger [la mosquée] Al-Aqsa ou de défendre les Palestiniens. Mais en réalité nous n’avons trouvé personne qui se mobilise vraiment pour les Palestiniens. »

 

« Nous déployons nos efforts pour lever le blocus [à Gaza] et arrêter la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem. Nous espérons toujours de nos amis russes qu’ils jouent un rôle efficient dans la levée de l’embargo et l’arrêt de la judaïsation de Jérusalem. Nous croyons que la résolution de la question palestinienne aidera à résoudre d’autres crises au Moyen Orient. Il n’y aura plus de prétexte pour ceux qui s’immisceront dans notre région sous couvert de défendre la Palestine. »

 

Concernant les droits de l’Homme et les droits des travailleurs au Qatar, le ministre a déclaré : « Celui qui connait le peuple qatari comprend sa nature. C’est un peuple conservateur et hospitalier qui ne peut maltraiter ceux qui viennent dans son pays pour l’aider à se développer. »

 

« Nous ne pensons pas que la question des droits de l’Homme ait apparu pour servir les droits des travailleurs. La plupart des gens savent qu’après que la Russie ait emporté l’organisation du Mondial 2018 et le Qatar celui de 2022, de nombreux Etats n’ont pas apprécié qu’un pays comme la Russie puisse organiser la Coupe du monde, ni qu’un pays arabe, musulman et moyen-oriental comme le Qatar puisse l’organiser. Ils n’ont pas réussi à avaler cette question. De là, ont commencé à paraître çà et là des affaires liées aux droits des travailleurs. »

 

« Le Qatar dispose de bonnes lois pour protéger les droits des travailleurs. Lorsqu’il reçoit des critiques, il en tire un bénéfice si elles sont constructives. Nous veillons à corriger les erreurs lorsqu’elles existent. Durant les deux dernières années, le Qatar a procédé à de nombreuses mesures afin d’améliorer et de réformer les lois régissant les droits des expatriés. »